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Dans un précédent article "De retour de la maternité, communiquer avec bébé... pas si simple!", je parlais du fait qu'il n'était pas toujours facile de communiquer avec bébé les premiers temps. Il arrive qu'il y ait un blocage – parfois difficile à identifier - et que le lien ait du mal à s'établir tout de suite. Il peut arriver aussi que la dépression post-partum s'en mêle et ça peut vite tourner au cercle vicieux. Voici une maman qui a le courage de venir témoigner sur un sujet qui est encore trop souvent tabou. Aurore a 28 ans et a deux filles de 3 ans et 4 mois.

Pourriez-vous nous raconter brièvement votre première grossesse et la relation que vous avez avec votre fille ainée?

Ma première grossesse s'est bien passée malgré un arrêt au cours du 5e mois, je me suis reposée et j'ai profité pleinement de mon gros ventre. Je passais des soirées entières à le caresser et à observer les vagues que faisait ma fille. J'étais impatiente de devenir maman. J'ai finalement accouché le jour du terme et une fois mon bébé dans les bras, j'ai beaucoup pleuré... de joie! J'ai eu quelques jours de baby blues puis tout s'est bien passé, même si ma fille hurlait parfois pendant des heures. Mon mari et moi étions un peu perdus dans ces moments là mais j'étais confiante et sereine dans mon rôle de maman car j'aimais ma fille et mon mari était très présent les deux premiers mois.

Puis, vous avez voulu un deuxième enfant deux ans plus tard, comment cette nouvelle grossesse s'est-elle passée?

Ma grossesse s'est merveilleusement bien passée sur le plan médical cette fois-ci. En revanche, je ressentais une certaine culpabilité vis à vis de Flore, mon ainée. Nous avions toujours été très proches, très fusionnelles et la fatigue s'installant, je ne pouvais plus la porter comme avant alors qu'elle était demandeuse. Je n'avais plus la même énergie contrairement à elle et je ne pouvais plus la suivre. Bien sûr, elle me l'a fait remarqué en m'en a faisant un peu « baver ». Du coup je devais me fâcher plus souvent et le soir venu, je culpabilisais de ne pas réussir à profiter pleinement de notre relation à deux avant que sa sœur ne soit là.

Que s'est-il passé à l'arrivée de Juliette, votre deuxième fille?

J'ai eu un accouchement rapide, douloureux mais merveilleux. J'étais aux anges! Je suis rentrée chez moi très fatiguée à J+2 et là, les jours qui ont suivi n'ont pas du tout été ceux auxquels je m'attendais et encore aujourd'hui, j'ai de la peine en repensant à ces premières semaines. Une extrême fatigue, un allaitement douloureux vécu plus comme une contrainte que comme un réel plaisir, une ainée qui me montrait qu'elle avait besoin de moi, une saison d'hiver bien grise et humide avec un mari peu présent à la maison suite à la fin de son congés paternité... tout cela, additionné à la chute d'hormones et peut être d'autres raisons plus ou moins conscientes, ont fait que le lien avec ma fille a mis longtemps à se faire.

Comment ça se passait exactement avec elle?

Les premiers temps, elle pleurait beaucoup, passait son temps « accrochée » à mon sein et je crois que je lui « en voulais » bien malgré moi. A la fois je l'aimais et à la fois je me demandais si j'avais bien fait, du coup, j'étais perdue et je pleurais beaucoup et souvent.

Comment votre entourage a-t-il réagi?

Mon entourage proche me soutenait mais ne comprenait pas... Et moi non plus d'ailleurs. Je ressentais constamment de la tristesse et de la culpabilité. Les jours passaient et se ressemblaient, je redoutais même chaque nouvelle journée.

Comment vous en êtes-vous sortie?

J'ai décidé de consulter, il le fallait, surtout que mon couple commençait aussi à en pâtir. J'ai fait appel à une puéricultrice de la PMI de mon secteur, à mon médecin traitant puis plus tard à une psychologue spécialisée dans le lien mère-enfant. Tous, ainsi que mes parents, mes beaux-parents, mon mari et ma meilleure amis m'ont alors aidée petit à petit à créer le lien avec ma fille. Ce fut progressif. Au point de vu médical et psychologique, j'ai fait une cure de magnésium et je suis restée une bonne semaine sous anxiolytiques car pour mon médecin et la psychologue, il s'agissait d'une dépression post-partum. J'ai arrêté ces médicaments par moi-même préférant aller passer quelques jours chez mes parents avec mes filles dès que ça n'allait pas. Puis le temps a passé, ainsi que les coliques et les pleurs du soir, j'ai choisi de passer au lait artificiel. Ma fille a commencé à me sourire, nous écoutions de la musique ensemble, avons partagé quelques siestes et je l'ai enfin reconnue comme MA fille!

Combien de temps ce chapitre difficile a-t-il duré?

Cela a duré environ six semaines. J'ai l'impression que c'est vraiment à ses 2 mois que je me suis dit: « Tout cela est enfin derrière moi. » Malheureusement, encore aujourd'hui je regrette et m'en veux de ne pas avoir profité pleinement des ses premières semaines.

Et le papa dans tout ça, en parliez-vous avec lui?

Oui, mon mari à toujours été au courant de toutes mes mauvaises pensées et angoisses, de ma culpabilité vis à vis de mon bébé et de ma fille ainée qui a senti que je n'allais pas bien. Il essayait de me rassurer mais il mettait tout ça seulement sur le compte de la fatigue et pensait que du repos suffirait. Puis, voyant que rien ne s'arrangeait, il ne savait plus quoi dire et s'est renfermé sur lui-même, en m'assurant tout de même qu'il était toujours là pour moi et me laissant aller chez mes parents. Il a fallu ensuite du temps et il m'a accompagné à quelques rendez-vous chez le médecin et le psychologue pour qu'il puisse comprendre ce que je vivais et pour que l'on se retrouve.

Avez-vous osé parler de vos difficultés avec d'autres personnes?

Mes proches sont au courant et des mamans rencontrées sur internet lors de ma première grossesse avec qui nous sommes devenues amies aussi. Mais beaucoup de personnes que je vois pourtant régulièrement ignorent complétement tout cela. C'est difficile de parler du lien mère-enfant quand il se passe mal, on n'aime pas trop en entendre parler. Alors, imaginez quand on le vit, on culpabilise et on a un peu honte même si on n'y peut rien...

Et maintenant,est-ce que tout va bien?

Oui, maintenant tout va bien et j'en suis heureuse! J'ai même décidé de prendre un congés parental pour profiter de mes filles et pour les voir grandir. Juliette est maintenant un bébé « marmotte », toujours souriante et heureuse de vivre avec une sœur qui la couvre de bisous et moi aussi. Je revis enfin et je suis une maman comblée!

Que voudriez-vous dire aux mamans qui vivent la même situation?

Je voudrais leur dire de ne surtout pas garder ça pour elles. C'est trop difficile de s'occuper « machinalement » de son bébé quand le lien ne se fait pas. La dépression post-partum c'est aussi terrible, j'ai eu la chance de m'en sortir assez vite, certainement parce que je n'ai pas attendu trop longtemps pour consulter, identifiant qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Il faut PARLER, PLEURER, DIRE ET FAIRE SORTIR tout ce qu'on ressent! C'est important pour nous, notre bébé, notre famille. Au final, j'ai l'impression de n'avoir jamais été jugée, il faut juste s'adresser aux bonnes personnes. Avec le temps, le lien se fera, il ne faut pas hésiter à se changer les idées et demander un peu d'aide à sa maman ou à une amie et ne surtout pas s'enfermer.

Un grand merci à Aurore de s'être dévoilée de la sorte, car plus on en parle, plus on montre aux mamans qu'il ne faut pas avoir honte de se confier.

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Tag(s) : #La parole aux autres
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